Voltaire (1694-1778), Dictionnaire philosophique (1764)
« L'homme expié dans les mystères sacrés, quand il voit un beau visage décoré d'une forme divine, ou bien quelque espèce incorporelle, sent d'abord un frémissement secret, et je ne sais quelle crainte respectueuse ; il regarde cette figure comme une divinité.... quand l'influence de la beauté entre dans son âme par les yeux, il s'échauffe : les ailes de son âme sont arrosées ; elles perdent leur dureté qui retenait leur germe ; elles se liquéfient ; ces germes enflés dans les racines de ses ailes s'efforcent de sortir par toute l'espèce de l'âme » (car l'âme avait des ailes autrefois), etc.
Je veux croire que rien n'est plus beau que ce discours de Platon ; mais il ne nous donne pas des idées bien nettes de la nature du beau.
Demandez à un crapaud ce que c'est que la beauté, le grand beau, le to kalon. Il vous répondra que c'est sa crapaude avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête, une gueule large et plate, un ventre jaune, un dos brun. Interrogez un noir de Guinée ; le beau est pour lui une peau noire, huileuse, des yeux enfoncés, un nez épaté.
Interrogez le diable ; il vous dira que le beau est une paire de cornes, quatre griffes, et une queue. Consultez enfin les philosophes, ils vous répondront par du galimatias ; il leur faut quelque chose de conforme à l'archétype du beau en essence, au to kalon.
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Le noir aux yeux ronds, au nez épaté, qui ne donnera pas aux dames de nos cours le nom de belles, le donnera sans hésiter à ces actions et à ces maximes. Le méchant homme même reconnaîtra la beauté des vertus qu'il n'ose imiter.
Le beau qui ne frappe que les sens, l'imagination, et ce qu'on appelle l'esprit, est donc souvent incertain ; le beau qui parle au c½ur ne l'est pas...
Quand on observe la nature , on y découvre les plaisanteries d'une ironie supérieure : elle a , par exemple placé les crapauds près des fleurs. (Balzac)
Nous y revenons à cette fameuse relativité du Beau . La nature n'est que beauté , le crapaud a donc sa place prés des fleurs...Seul un homme pouvait avoir cette réflexion car les critères de beauté ne sont ils pas de son invention? Il lui fallait bien un terme pour définir tout ce qui est hors critères de beauté , il inventa donc "la laideur"... (cf. moi même)